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L’art de l’archivage -
Une introspective du Co-fondateur des Archives Gaies du Québec

by Alexia Gerogieva
May 14, 2020
Pour clore le mois de la fierté nous avons eu la chance d’échanger avec Jacques Prince, co-fondateur et actuel président du conseil d’administration des Archives Gaies du Québec (AGQ). Nous avons contacté cet organisme afin de souligner l’importance de préservation du patrimoine des communautés minoritaires par le biais de l’archivage.

“En 1983 j’ai fondé [Jacques Prince] avec Ross Higgins cette ressource communautaire afin de conserver et rendre accessible le patrimoine archivistique, notamment des gais et lesbiennes du Québec pour les générations futures.”

 Qu’est-ce qui a inspiré les fondateurs des AGQ pour la création de l’organisme?  
J’étudiais à l’époque l’archivistique et Ross s’intéressait à l’histoire des gais à Montréal. Nous avions été membres du collectif de la librairie L’Androgyne. À Toronto, depuis 1973, ce qui s’appelait alors le Canadian Gay Archives travaillait au développement d’un organisme voué à la conservation des archives du mouvement de libération homosexuel pour le Canada. On a bien vu alors la nécessité d’avoir au Québec un organisme de même nature. 

Pouvez-vous nous parler de l’évolution de la mission des archives gaies à travers les années? 
Dès le départ, on cherchait à obtenir les archives des gais, des lesbiennes; mais aussi d’autres minorités comme les bisexuels, les transsexuels et les transgenres. Avec l’intérêt croissant pour les multiples déclinaisons des identités sexuelles et de genre, nous avons aussi voulu nous ouvrir à ces réalités et travailler davantage à développer nos collections pour bien refléter la diversité de nos communautés. 

 Qu’est-ce qui a inspiré les fondateurs des AGQ pour la création de l’organisme?  
J’étudiais à l’époque l’archivistique et Ross s’intéressait à l’histoire des gais à Montréal. Nous avions été membres du collectif de la librairie L’Androgyne. À Toronto, depuis 1973, ce qui s’appelait alors le Canadian Gay Archives travaillait au développement d’un organisme voué à la conservation des archives du mouvement de libération homosexuel pour le Canada. On a bien vu alors la nécessité d’avoir au Québec un organisme de même nature. 

Pouvez-vous nous parler de l’évolution de la mission des archives gaies à travers les années? 
Dès le départ, on cherchait à obtenir les archives des gais, des lesbiennes; mais aussi d’autres minorités comme les bisexuels, les transsexuels et les transgenres. Avec l’intérêt croissant pour les multiples déclinaisons des identités sexuelles et de genre, nous avons aussi voulu nous ouvrir à ces réalités et travailler davantage à développer nos collections pour bien refléter la diversité de nos communautés. 

Quels seraient selon vous les événements historiques importants pour l’évolution des communautés LGBTQI2S+ au Québec? 
Le Bill Omnibus qui décriminalise les actes homosexuels en 1969.
La création du Front de libération homosexuel (FLH) en 1971, premier groupe militant ouvertement gai et lesbien à Montréal.
La fondation de la Librairie L’Androgyne en 1973, longtemps la seule librairie gaie et lesbienne au Québec.
La fondation en 1973 du groupe Montreal Gay Women.Naissance de la Coop femmes, groupe francophone de lesbiennes en 1976.
La création en 1977 de l’Association pour les droits des gai(e)s du Québec (ADGQ, devenue plus tard l’ADGLQ, l’Association pour les droits des gais et des lesbiennes du Québec).
La descente au bar Truxx en 1977, suivie le lendemain d’une importante manifestation.
La Charte des droits et libertés du Québec est amendée en 1977 pour interdire toute forme de discrimination sur la base de l’orientation sexuelle.
La fondation d’Aide aux trans du Québec (ATQ) en 1980.
La naissance du Festival Image&nation en 1988.
La tenue à Montréal de la cinquième Conférence Internationale sur le sida en 1989.
L’événement SexGarage en 1990.La tenue de La Vie en rose, premier colloque québécois d’études lesbiennes et gais en 1992.
La création de Divers/Cité en 1993.La fondation du Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ) en 1996.
La Charte canadienne des droits de la personne est amendée en 1996 pour y inclure l’orientation sexuelle comme motif illicite de discrimination.
L’Assemblée nationale du Québec adopte en 1996 le projet de loi concernant la reconnaissance des conjoints de même sexe.
La fondation en 1998 de l’Action Santé Travesti(e)s et Transsexuel(le)s du Québec (ASST(e)Q).
L’Assemblée nationale du Québec adopte en 2002 le projet de loi sur l’union civile accordant les mêmes droits et privilèges aux conjoints homosexuels
qui peuvent dès lors aussi adopter des enfants.
Création en 2004 d’Arc-en-ciel d’Afrique.Le Canada légalise le mariage homosexuel en 2005, en adoptant la Loi sur le mariage civil.En 2006, a lieu
à Montréal les 1ers Outgames mondiaux qui sont l’occasion de tenir la Conférence internationale sur les droits humains des lesbiennes, gais, bisexuels
et transgenres (LGBT)
où a été adoptée la Déclaration de Montréal qui cherche à obtenir partout dans le monde le respect des droits de la communauté LGBT.
Création du festival Pervers/Cité en 2006.
Fondation du Projet 10 en 2009.
Naissance en 2011 de l’organisme Lez Spread the World (LSTW) qui a sa série web, un magazine et organise des événements tels les soirées Où sont les femmes?
Première marche des lesbiennes en 2012.
En 2016 le gouvernement du Québec ajoute à la Chartre des droits et libertés de la personne du Québec l’interdiction à la discrimination fondé sur l’identité ou l’expression de genre.
En 2017, le Canada vote la loi C-16 qui ajoute l’identité et l’expression sexuelles au nombre des motifs de discrimination illicites de la Loi canadienne sur les droits de la personne.   

L'information est l'un des outils les plus puissants dont nous disposons contre l'ignorance. Comment vous engagez-vous dans un travail de lutte contre les ignorances et les préjugés contre la communauté LGBTQI2S+ au Québec ou à l'étranger en utilisant vos artefacts d'archives? Selon vous, quel artefact est le plus puissant? 
Dès le début des AGQ nous avons accordé une grande importance aux activités de diffusion et d’engagement social. Nous avons participé aux événements et aux regroupements d’organismes LGBTQI2S+. De nombreuses et importantes expositions ont été réalisées par les AGQ pour mieux faire connaître nos collections. Nous collaborons régulièrement avec plusieurs institutions qui empruntent des éléments inspirants de nos collections. Nous avons organisé des conférences, financé la publication d’articles. Le traitement archivistique de nos fonds contribue à faciliter le travail ce ceux et celles qui font avancer les connaissances sur nos communautés. L’artefact le plus puissant est celui qui inspire la personne qui le découvre et qui en sera bouleversée. Au cours de notre histoire, plusieurs ont témoigné de ces moments de grâce où était révélée la pièce fabuleuse qui les éclairait dans leur quête de sens. L’un de nos plus grands trésors est selon moi le journal de bord du FLH. 

En raison des inégalités dans notre société, les voix des hommes blancs cis ont tendance à dominer les espaces, les événements et la couverture LGBTQI2S+. Comment garantissez-vous que les archives capturent réellement les expériences vécues par toutes les personnes LGBTQI2S+, en particulier celles dont la voix a souvent été supprimée même au sein de la communauté LGBTQI2S+ (personnes trans, personnes de couleur)?
Au sein du conseil d’administration, nous sommes sensibles à cette situation et nous tentons de saisir toutes les occasions pour favoriser l’émergence de ces voix trop peu mises en lumière. Au niveau des ressources humaines, nous avons engagé des personnes qui, par leur vécu intime, peuvent orienter nos activités pour tenir compte de ces réalités. Au chapitre des acquisitions, nous avons l’an passé enrichi nos collections des archives d’Arc-en-ciel d’Afrique et de trois fonds d’archives de la communauté LGBTQI2S+ sourde. C’est par la participation de toutes et de tous au projet des AGQ que nous évoluons vers une mémoire qui reflète bien les diverses communautés qu’elle dessert. 

© 2020 Musée Nomade ConnectArt